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  Un dangereux bras de fer (Project-syndicate 2017/8/14)-French

Un dangereux bras de fer
(Project-syndicate Aug 14, 2017)





SÉOUL – Jusqu’à présent, la guerre que se livrent le président américain Donald Trump et le dictateur nord-coréen Kim Jong-un autour du programme nucléaire de ce dernier se limite à une guerre des
mots. Seulement voilà, chaque déclaration martelée consolide un peu plus le risque de voir ce
combat des mots se changer en un combat aux poings, pour reprendre la formule de Winston
Churchill.

Le mois dernier, à l’issue du deuxième test de missile balistique intercontinental effectué par la Corée du Nord au cours de l’été, le Conseil de sécurité des Nations Unies a décidé à l’unanimité de
prononcer de nouvelles sanctions encore plus strictes contre le régime de Pyongyang. Réagissant à
ces sanctions dans les médias étatiques nord-coréens, le régime a promis que « plusieurs mesures
stratégiques, accompagnées d’actes, [seraient] prises de manière impitoyable, via la mobilisation de
l’ensemble de la puissance nationale [nord-coréenne] ».

Le lendemain, Trump a haussé le ton en affirmant que toute nouvelle menace de la part de la Corée du Nord provoquerait « le feu et la fureur comme le monde n’en a jamais connu ». Sans tarder,
Pyongyang a de nouveau joué la provocation en menaçant de procéder à une frappe visant à
« envelopper » le territoire américain de Guam, ce à quoi Trump a répondu que l’armée américaine
était « prête à ouvrir le feu ».

Effectivement, tandis que s’opérait cette joute verbale, les États-Unis auraient semble-t-il élaboré de nouveaux plans militaires de frappe sur la Corée du Nord. Plus inquiétant encore, d’après un rapport confidentiel du renseignement américain, la Corée du Nord serait désormais en capacité de
miniaturiser des têtes nucléaires, et disposerait de pas moins de 60 bombes. Dans ce bras de fer
que se livrent Kim et Trump, l’enjeu se fait de plus en plus conséquent.

Il est probable que ni la Corée du Nord, ni les États-Unis ne souhaitent véritablement la guerre. Pour autant, comme l’a expliqué l’historien anglais disparu A.J.P. Taylor, après avoir étudié les huit
grandes guerres survenues depuis la fin du XVIIIe siècle, bien souvent les guerres « jaillissent
davantage d’un sentiment d’appréhension que d’un véritable désir de conflit ou de conquête ».

Aux dires de Taylor, nombre de guerre européennes « ont été déclarées par une puissance menacée, qui n’avait rien à gagner de la guerre, et beaucoup à perdre ». Si Taylor était encore en vie et
pouvait observer la situation actuelle – empreinte de perceptions erronées créatrices de peur, de
mauvais calculs et de réactions excessives – il éprouverait certainement un sentiment alarmant
de déjà vu. La question est désormais la suivante : que faire pour éviter la catastrophe ?

Pour commencer, il est nécessaire que l’Amérique et la Corée du Nord évitent chacune de placer
l’autre dans une position critique. Lors de la crise des missiles de Cuba en 1962, le président
américain John F. Kennedy s’était montré ferme en affirmant qu’aucune installation de missiles
soviétiques ne serait tolérée à Cuba. Il avait néanmoins fait preuve de bon sens en ne visant ni une
victoire américaine totale, ni une défaite totale pour les soviétiques.

Kennedy avait en effet proposé un deal susceptible de préserver la réputation du dirigeant
soviétique Nikita Khrouchtchev aux yeux des faucons du Kremlin : l’Amérique retirerait ses missiles
de Turquie (installations qui étaient déjà superflues), en échange du retrait des missiles de Cuba par
les soviétiques. Cette approche pragmatique et courageuse créera un espace permettant aux deux
dirigeants – dont aucun n’aspirait à une guerre nucléaire – de s’éloigner du précipice sans pour
autant perdre la face.

Pour que la crise actuelle s’achève dans la paix, Kim va devoir modérer son agressivité. Mais pour
que cela soit possible, il est nécessaire que l’administration Trump fasse clairement savoir que son
objectif n’est pas le changement de régime, mais plutôt un changement de politique – précisément
la dénucléarisation – en Corée du Nord.

Malheureusement, les signaux qui émanent des États-Unis demeurent contradictoires. Tandis que le
secrétaire d’État Rex Tillerson parle d’une nécessaire diplomatie dans ses derniers commentaires sur
la crise actuelle, le directeur de la CIA Mike Pompeo envisage un changement de régime, le
Général H.R. McMaster, conseiller à la sécurité nationale, évoquant pour sa part la possibilité d’une
guerre préventive.

Bien qu’il soit important de maintenir une pression sur Kim pour le contraindre à négocier autour
d’une table, il est nécessaire que cette pression soit consciencieusement calibrée. Si les États-Unis
apparaissent ouvertement désireux d’un changement de régime ou d’une guerre préventive, la
panique et la folie de Kim s’en trouveront probablement accentuées. L’objectif doit être celui d’une
sécurité relative, et non absolue, pour les deux camps.

Dans cette perspective, il est crucial que soit maintenu un rigoureux contrôle civil sur les armées. La Première Guerre mondiale a en grande partie éclaté en raison de la militarisation du processus
décisionnel politique. En échouant à stopper la marche automatique des mobilisations militaires
nationales, les dirigeants politiques européens ont permis que se produise une réaction en chaîne
internationale. Une fois entamée la marche de la guerre, la diplomatie ne pouvait plus jouer un rôle
significatif.

Pourtant, loin de ménager de l’espace pour la diplomatie, le conseiller de Trump Sebastian Gorka a
récemment confié à la presse : « L’idée que le secrétaire d’État Tillerson puisse discuter de sujets
militaires n’a tout simplement aucun sens. » Pourquoi les plus hauts diplomates américains
n’auraient-ils pas le droit d’exercer une influence significative sur les questions militaires ? Si cette
situation ne change pas rapidement, nous risquons à nouveau de « glisser de manière confuse vers
la guerre », comme l’a écrit s’agissant de la Première Guerre mondiale le Premier ministre
britannique de l’époque, David Lloyd George.

Les dirigeants politiques sud-coréens doivent eux aussi éviter de se laisser emporter par ce discours
de plus en plus belliqueux. Depuis que le régime de Pyongyang a coulé en 2010 le navire de guerre
sud-coréen Cheonan, et bombardé l’île de Yeonpyeong, l’armée sud-coréenne a musclé ses
règles d’engagement. Désormais, les dirigeants militaires sud-coréens avertissent qu’en cas de
nouvelle attaque menée par la Corée du Nord, Pyongyang subira des représailles non seulement
contre le lieu d’origine de l’attaque, mais également contre le commandement nord-coréen. À l’instar
des menaces formulées par Trump, cette politique vise certes à dissuader la Corée du Nord, mais
risque de provoquer une escalade rapide du conflit.

La Chine a elle aussi un rôle crucial à jouer. Le 10 juin 1994, au plus fort de la première crise
nucléaire nord-coréenne, la Chine avait fait savoir au propre père de Kim, Kim Jong-il, qu’elle
n’opposerait plus son veto aux sanctions de l’ONU contre la Corée du Nord, et avait ainsi obtenu de
Kim père une position plus conciliante. Il se pourrait que la Chine use d’une tactique similaire dans
la situation actuelle, ayant publiquement déclaré dans les medias d’État que la Corée du Nord ne
saurait compter sur un quelconque soutien chinois en cas de conflit provoqué par Pyongyang.

Ni Trump, ni Kim ne semblent disposer d’un capital politique suffisant pour opérer une transition à
l’écart des menaces militaires et en direction de solutions diplomatiques. Compte tenu des risques
considérables que soulève l’escalade rapide de cette crise, il se pourrait bien que d’autres
protagonistes doivent prendre l’initiative. La Chine se révélera-t-elle la puissance stabilisatrice
régionale qu’elle prétend être ? Dans cette crise, le président Xi Jinping est tout aussi mis à
l’épreuve que le sont Trump et Kim.

*source: https://www.project-syndicate.org/commentary/trump-kim-escalating-threats-nuclear-war-by-yoon-young-kwan-2017-08/french

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